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24 septembre 2013

Avons-nous lieu d’être ?


Maryk Gerone200x267
Voilà, mes chéris… j’ai pas fini d’être à l’Ouest… non, mais c’est comme à Montréal, je reviendrai, encore et en corps… avec ou sans mon smoking bleu des mers… j’ai besoin de cette lumière !!! Au Québec, j’avais découvert… comment vous dire ? le poids du ciel ? la pression de la voute céleste sur mon crâne et à travers ma colonne vertébrale… vous avez déjà senti, ça : une force qui semble provenir d’en haut et qui vous traverse verticalement par le haut ? En Normandie aussi, j’ai pu ressentir ça parfois, sur l’immensité des plages du débarquement et l’été, ça peut même sembler presque terrassant, tellement ce qui descend  du ciel paraît pressant et le sol… absorbant ? j’irai revoir ma Normandie, c’est le pays qui m’a donné… tant donné ! 

Moi, c’est en Bretagne que j’ai commencé à ressentir une… sympathie pour mes pieds !

Au début, quand je suis arrivée à Binic, je me suis promenée sur le sentier des douaniers – vous avez déjà longé les côtes d’Armor, à pieds ? ô merveilles !!! je n’ai pas arpenté l’intégralité du littoral costarmoricain, mais, un grand nombre de sentiers côtiers et je dois reconnaître que oui : en quelque sorte, je suis née là-bas à une nouvelle dimension de mon être-vivante.

Où sont les endroits où vous êtes re-né(e) ? où vous vous êtes ouvert à de nouveaux aspects de vous-même ? où vous avez pris conscience de votre être au monde ? où vous vous êtes mis à vous habiter plus intimement et à habiter plus vigoureusement le lieu dans lequel vous viviez ? Où sont vos viviers ? et quand avez-vous su que vous entriez en coïncidence avec l’un de vos viviers ?

Binic a été et reste pour moi un vivier majeur. Quand j’y suis arrivée, ce qui me surprenait le plus, c’était ce besoin de sautiller dès que je marchais sur ces crêtes au-dessus de la mer smaragdine. Vous savez, je suppose que dès qu’on outrepasse le 95D, la probabilité d’appartenir à la classe des coureurs d’élite s’amoindrit : je n’ai jamais été du genre qui sautille, trottine, pique un sprint. Certaines pondérations sont susceptibles de lester votre élan coursier, l’auriez-vous expérimenté ?
Bref ! quand je suis arrivée à Binic, j’ai constaté que sur les crêtes, entre la pointe des Roseliers et le vieux port de Saint-Quay, je me prenais systématiquement en flagrant délit d’accélération, je me mettais à cabrioler, et dès que la sente penchait un peu, je me laissais la dévaler en courant. Quel était cette élasticité de mes pieds à cet endroit du monde ? d’où, ces épousailles de la plante des pieds et de la voute terrestre ? d’où venait que mon bassin se suspendait autrement ? comment mes jambes pouvaient-elles s’avérer subitement aussi vivantes ? un kilomètre avant ou après ce périmètre repéré, je redevenais posée et tranquille. Il y avait quasiment un fragment précis de cette côte et vraiment juste au-dessus de l’eau, où ma cage thoracique semblait se gonfler d’une joie primesautière et où j’avais envie de gambader, où il m’était même impossible de marcher posément, où si je posais un pied, il fallait aussitôt que l’autre décollât et que je caracolasse.

Alors à présent que j’arrive au Sud, que vais-je donc apprendre ? comment ça va marcher ici ? je vais vous le raconter… et j’espère et mère méditerranée que ça nous aidera tous à sentir où nous sommes et si nous nous éveillons à cette terre qui nous porte et nous accueille, si cette hospitalité réciproque – la terre en nous, nous sur la terre – a… lieu et si lieu d’être il y a !