Avec Etty Hillesum – jour 11… (page 127 à 139)

« Sois triste si tu veux, mais avec simplicité et franchise, sans échafauder tous ces drames. » page 130

 

« Si je voulais dire un mot de mes humeurs d’hier soir, je devrais noter d’abord en toute franchise : c’était la veille de mes règles » page 131

 

« Pour humilier, il faut être deux. Celui qui humilie et celui qu’on veut humilier, mais surtout : celui qui veut bien se laisser humilier. » page 132

 

« Il faut commencer par « prendre au sérieux son propre sérieux », le reste vient de soi-même. » page 132

 

« Si la paix s’installe un jour, elle ne pourra être authentique que si chaque individu fait d’abord la paix en soi-même, extirpe tout sentiment de haine pour quelque race ou quelque peuple que ce soit, ou bien domine cette haine et la change en autre chose, peut-être même à la longue en amour – ou est-ce trop demander ? page 133

 

« je suis une femme heureuse et je chante les louanges de cette vie, oui vous avez bien lu, en l’an de grâce 1942, la ènième année de guerre » page 133

 

« mieux vaut se former soi-même volontairement à l’abstinence en temps de relative abondance, que de le faire contraint et forcé en temps de disette. » page 133

Avec Etty Hillesum – jour 10… (page 116 à 127)

« Nous sommes passés devant des seringas, de petites roses et des sentinelles allemandes » page 116

 

« un jour je serai écrivain » page 116

 

« Alors tout jaillira de moi, s’écoulera de moi en un flux ininterrompu et sans fin, tout cela qu’aujourd’hui j’emmagasine en moi » page 116

 

« la vie demeure un flux continu, ininterrompu » page 117

 

« j’essaie toujours de retrouver la trace de l’homme dans sa nudité, sa fragilité, de cet homme bien souvent introuvable » page 117

 

« tout être humain a sa réalité propre» page 118

 

« il y a place pour de beaux rêves à côté de la plus cruelle réalité » page 118

 

« j’avais l’impression de reposer contre la poitrine nue de la vie » page 119

 

« j’étais étendue entre les bras nus de la vie et j’y étais en sécurité, à couvert. Et je pensais : comme c’est étrange ! C’est la guerre. Il y a des camps de concentration » page 119

Avec Etty Hillesum – jour 9… (page 103 à 116)

« Quelqu’un venait de mourir sous la torture, un de plus. » page 103

 

«  je ne crois plus que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur, que nous n’ayons d’abord corrigé en nous. » page 104

 

«  nos professeurs sont internés, un ami de Jan venait de mourir sous la botte, les sujets de détresse ne se comptaient pas, » page 105

 

«  la vie continue – pourquoi pas ! » page 105

 

«  c’est pourquoi ce jour est historique : non pas parce que je dois me rendre tout à l’heure à la Gestapo avec S., mais parce que malgré cela, je trouve la vie si belle. » page 105

 

«  c’était cela qui donnait à cette matinée sa valeur historique : non pas de subir les rugissements d’un misérable gestapiste, mais bien avoir pitié de lui au lieu de m’indigner » page 106

 

«  on peut aussi se lier d’amitié avec un hiver, avec une ville ou un pays. » page 110

 

«  il aura pourtant fallu toutes ces « stations », sans doute, pour parvenir à cet entraînement naturel de l’un vers l’autre, à cette intimité confiante, à cette faculté de se chérir et d’être bon l’un pour l’autre. » page 111

 

«  le moindre groupe de deux ou trois arbres a été rebaptisé « bois» et porte un écriteau : « interdit aux juifs ». page 112

 

«  tout l’après-midi j’avais erré au hasard dans un espace infini où nulle frontière n’eût dû m’arrêter et où pourtant je me suis soudain heurtée à une frontière, celle où l’on cesse de supporter l’infini et, de désespoir, on pourrait se livrer à toutes sortes d’excès » page 113

 

«  S. a dit : « il ne faut jamais vouloir aller jusqu’au bout, il faut toujours garder quelque chose pour nourrir l’imagination » page 116

Avec Etty Hillesum – jour 8… (page 89 à 103)

« La mêlée a pris fin pour faire place à une sorte de douceur, même vis-à-vis de moi-même ; » page 90

 

« nos actes ne sont souvent qu’imitation, devoir supposé ou représentation erronée de ce que doit être un être humain » page 91

 

« Hier soir, juste avant de me coucher, je me suis retrouvée tout à coup agenouillée » page 91

 

« Comme cela, sans l’avoir voulu. » page 91

 

«  il y a quelque temps je me disais : « je m’exerce à m’agenouiller » page 91

 

« pour nous qui en faisons l’expérience pour la seconde fois, tout ce tintamarre est trop ridicule » page 92

 

« L’idée de me perdre en un autre être a disparu de ma vie, il n’en reste peut-être que le désir de me « donner » à Dieu, ou à un poème. » page 94

 

«  le cerveau de l’humanité, de toute l’humanité. Je pressens son existence comme celle d’un grand tout » page 94

 

«  il est des moments où l’on soupire après une délivrance, n’importe laquelle. » page 94

 

«  il prie tous les soirs » page 94

«  s’agenouille-t-il avant d’avoir enlevé son dentier, ou après ? » page 94

 

«  notre mission : donner à leurs pauvres talents errants, qui ne se sont jamais fixés ni délimités, la possibilité de croître, de mûrir et de trouver leur forme en nous. » page 95

 

«  les choses qu’il dit, même les plus simples, paraissent plus impressionnantes, plus importantes, je dirais presque plus « denses », que dans la bouche de n’importe qui d’autre. » page 100

 

«  tout simplement, chez lui, les choses coulent de sources plus profondes » page 100

 

«  il prie après avoir « déposé » ses dents. » page 102

Avec Etty Hillesum – jour 7… (page 75 à 89)

« j’ai dû m’effacer. » page 75

 

« sa vie mûrissait doucement pour atteindre sa plénitude. » page 77

 

« je veux seulement tenter de devenir celle qui est déjà en moi » page 79

 

« j’ignore si je suis capable d’une grande et bonne amitié. Et si ce n’est pas dans ma nature, voilà une vérité à regarder en face. » page 79

 

« aujourd’hui le processus est achevé. Il est devenu un élément de moi-même. » page 80

 

« et aussi de pouvoir dire avec une grande certitude : ceci n’est pas ma voie. » page 80

 

« il faut laisser à chacun la liberté de vivre selon sa nature. » page 81

 

« voici en tout cas le programme du week-end : aimer mon père au plus profond de moi et lui pardonner de venir m’expulser de ma tranquillité égoïste. » page 83

 

« je ne puis me défaire de l’impression que dans toute vision du monde défendue consciemment se glisse une part d’imposture. » page 84

 

« pendant cinq minutes, passée par toutes les angoisses des jeunes filles qui découvrent soudain avec effroi qu’elles attendent un enfant non désiré. » page 86

 

« l’instinct maternel, je crois, me fait entièrement défaut. » page 86

 

« je me sens un peu bizarre dans mon hémisphère sud, au-dessous du diaphragme. » page 87

 

« de temps à autres, au milieu de mes occupations, je me jetterai dans l’escalier ou me livrerai à d’étranges ablutions. » page 88

 

« c’est ridicule : sauver la vie d’un être en lui barrant à toute force le chemin de cette vie ! » page 89

 

« je vais te refouler dans la sécurité des limbes, petit être en devenir, tu devrais m’en savoir gré. » page 89

 

« il rôde trop de germes morbides dans cette famille à l’hérédité chargée » page 89

Avec Etty Hillesum – jour 6… (page 65 à 75)

« chez moi le physique pur est contrarié et affaibli à divers titres par un processus de spiritualisation. Et l’on dirait vraiment, parfois, que j’ai honte de cette spiritualité » p.66

« je n’ai pas encore trouvé les mots qui voudront bien m’héberger » p.68

« Processus lent et douloureux que cette naissance à une véritable indépendance intérieure. Certitude de plus en plus ferme de ne devoir attendre des autres ni aide, ni soutien, ni refuge, jamais. Les autres sont aussi incertains, aussi faibles, aussi démunis que toi-même. Tu devras toujours être la plus forte. Je ne crois pas qu’il soit dans ta nature de trouver auprès d’un autre les réponses à tes questions. Tu seras toujours renvoyée à toi-même. Il n’y a rien d’autre. Le reste est fiction. » p. 69

« Deux vies ne sauraient coïncider » p. 69

« on n’a pas le droit de ce contaminer mutuellement par son abattement. » p.70

« S. reproche aux analystes de ne pas aimer l’être humain. De ne s’y intéresser qu’objectivement. « On ne peut guérir sans amour des gens qui ont un trouble psychologique. » p.74

« Il faudra tout traverser, je suis mon seul critère, je dois tout inventer moi-même, me trouver un langage personnel et découvrir mes petites vérités à moi » p.75

Avec Etty Hillesum – Jour 5… (page 53 à 65)

« je suis de bonne compagnie pour moi-même » p. 53

« je veux connaître ce siècle, du dehors et du dedans. Je le palpe chaque jour, je suis du bout des doigts les contours de notre temps. Ou bien n’est-ce qu’une fiction ? » p. 56

« Seigneur, donne-moi la sagesse plutôt que le savoir. » p.58

« Voilà ta maladie : tu veux enfermer la vie dans tes formules personnelles. Tu veux que ton esprit embrasse tous les phénomènes de cette vie, au lieu de te laisser toi-même embrasser par la vie » p. 65

Avec Etty Hillesum – jour 4… (page 41 à 53)

« il faut « s’expliquer » avec cette époque terrible et tâcher de trouver une réponse à toutes les questions de vie ou de mort qu’elle vous pose. » p.51

« je n’y puis rien, si je vis. » p.51

« Tu ne dois pas te laisser engloutir par les choses qui t’entourent, en vertu d’un sentiment de culpabilité. » p.52

Avec Etty Hillesum – jour 3… (page 31 à 41)

Méditer. Ouvrir son chantier de paix.

« tous les matins, (…) rester une demi-heure à l’écoute de moi-même. (…) une demi-heure de paix en soi-même » p. 35

C’est bien ce que j’ai voulu provoquer avec cette ouverture quotidienne de la chapelle… ouvrir un compagnonnage dans la présence tonifiante d’Etty. Et comme elle semble en conversation si libre avec dieu, cette chapelle me paraissait convenir si bien, à cette spirale d’accueil d’une croissance spirituelle.

« Faire entrer un peu de Dieu en soi. » p. 36

Ce qu’elle appelle Dieu ? Je vous demande pardon, mais moi, j’ai besoin d’enlever à dieu sa majuscule. J’appelle dieu l’énergie reliante, unifiante, l’indivisible, l’unité, l’univers…

«  Faire entrer aussi un peu d’amour en soi » p 36

C’est drôle, cette histoire d’entrée… peut-être est-ce le résultat de son rapprochement avec Julius Spier ? Julius Spier, c’est ce thérapeute qui l’a encouragée à écrire ce journal. Peut-être expérimente-t-elle cette provenance d’un amour, cette nourriture relationnelle, et alors cette sorte de convocation à recevoir oriente son attention ? Il me revient comme j’avais été passionnée de constater qu’aussi bien Howard Buten que Boris Cyrulnik parlaient de la nécessité de l’amour comme condition préalable de l’écoute thérapeutique ; le thérapeute ne peut rien faire s’il n’aime pas, avant quoi que ce soit d’autre. Stanislaw Tomkiewicz disait ça aussi, et il disait qu’on ne pouvait pas le dire, qu’il aurait fallu parler d’amour, mais qu’on risquait gros à le faire… Et tous disaient que c’était la vertu foncière, préliminaire du thérapeute, mais qu’il n’était pas possible de l’enseigner, ni de l’imaginer dans un processus de recrutement professionnel… alors autant élaborer le transfert ! Enfin…

Dans cet extrait, elle laisse le monde, le vaste monde en plein désastre, entrer dans son champ d’attention.

«  On cherche le sens de cette vie, on se demande si elle en a encore un. Mais c’est une affaire à décider seul à seul avec Dieu. » p 37

En lisant à voix haute, il me semblait qu’il lui était venu de penser ce « seul à seul », puis aussitôt d’y faire entrer dieu… De quelle solitude s’agirait-il, puisqu’elle veut faire entrer dieu ? En bonne éduquée Feldenkrais, j’aurais tendance à penser : cesser de mettre dieu dehors… laisser dieu où il est nécessairement… il n’y a sûrement rien à faire pour se relier… probablement à cesser de faire ce qui empêche de se sentir relié… Je me souviens d’une Véronique qui pleurait, il y a longtemps, en disant : c’est comme si dieu m’avait abandonnée… oui, je sais bien qu’un grand prédécesseur n’avait pas pu s’empêcher de gémir… et sans doute sommes-nous plus souvent qu’à notre tour traversés par ce sentiment de désertification… comment observer les manifestations de ce désert et remarquer les petits actes qui l’initierait ?

« rester humblement disponible pour que l’époque face de vous un champ de bataille » p 39

Être le tamis de cette guerre alentour, offrir le creuset d’une transcendance. Ne pas se détourner. Penser, y compris cet impensable. Être la vie qui tamise.

«  On ne doit pas se perdre continuellement dans de grandes questions, être un champ de bataille perpétuel, il est bon de retrouver ses étroites limites personnelles entre lesquelles on peut poursuivre sa petite vie, consciemment et consciencieusement, mûrie et approfondie par les expériences accumulées dans ces moments presque « dépersonnalisés » de contact avec l’humanité entière » p.40

«  la source vitale doit toujours être la vie elle-même, non une autre personne » p. 41

Ouvrir un champ de paix où vienne se ressourcer la vie.

S’appuyer en soi, à cet au-delà de soi qui serait la vie-même, s’ouvrir à l’autre sans lui demander de faire le travail à notre place. Déposer sa foi en soi-même comme en la vie même ?

Avec Etty Hillesum – jour 2… (page 20 à 31)

Ce jour-là, c’était un dimanche… il faisait assez tiède, pour cette saison qui se prend si souvent pour l’automne… il y avait des trouées bleues ! En entrant dans la chapelle, comme à la sortie… Trois personnes qui étaient là la veille se sont encore assises là… deux semblaient avoir la disponibilité d’en faire un rituel matinal, dont une de mes voisines, que je n’avais jamais croisée jusque-là… la vigueur, la fougue du texte était impressionnante, et je sentais que nos intelligences voulaient bien s’y laisser aller ensemble, se laisser dynamiser par cette force de vie… J’ai pensé que son penchant oral structurait sa réceptivité. J’ai remarqué la place faite à la bouche dans l’organisation du champ d’attention. Elle observe ses « tornades » intérieures (c’est moi qui les nomme ainsi) avec précision, simplicité, minutie… comment elle réagit à ce qui se passe en elle, autour d’elle… Elle décrit : j’étais en vélo, j’étais à la terrasse d’un café… c’est une formidable invitation à faire face à la diversité des événements, à l’éclatement, au conflit, à la contradiction : « cette recherche inquiète, cette insatisfaction, ce sentiment de vide derrière les choses, cette fermeture à la vie et ces ruminations sans fin. Pour l’instant je suis enlisée en plein marais. » p. 28 Bienvenue au club ! Quand je vous disais que nous pourrions trouver là une sœur auprès de qui se reconnaître sans honte, ni complaisance.

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