2 décembre 2019

Le dernier Guédiguian ? qui a besoin d’une leçon de dégoût ? !

Romain, à Noël, y a deux ans, tu reprochais à mon texte sur le « dernier » Guédiguian d’être compliqué et puis, aussi, qu’à le lire, on ne démêlait pas clairement si j’aimais ou pas… Vous voulez le lire ? Ça ne s’use pas ! Et ce Guédiguian-là, vous pourriez peut-être le revoir…

http://ecrire-etc.com/la-vie-la-la-villa-de-robert-guediguian/

J’essayais alors de répondre qu’on s’en fout, si j’aime ou pas ! Ce qui m’intéresse, c’est de souligner ma réception d’une certaine façon de filmer et aussi, de tenter de montrer les questions posées là. Mais ? J’aimais assez Guédiguian, sa bande et leur film, pour entrer dans les détails de cette réception.

Or, voici venu le « dernier » Guédiguian, le suivant ! et je vous le clame haut et clair : n’y allez pas !!!

Ça m’a filé la gerbe… pourtant, juste en sortant, j’essayais de faire face à ce qu’il a voulu montrer et qui continuait son carnage sur mon écran intérieur. Ça existe, tout ça, indéniablement et pas qu’à Marseille. Hyperréalisme ? Il est possible de regarder le réel sous cet angle. Sûrement ! Mais ça rend malade, à mon avis. C’est pas en faisant ce choix-là que nous trouverons l’énergie de vivre et de soutenir la vie, en nous et autour de nous.

Je ne vais rien vous en conter : vous ne méritez pas ça et pour moi, ce serait double peine – trop tard pour ne pas l’avoir vu, trop tard pour éviter l’infection de cette vision ; mais encore temps pour ne pas le revoir en l’évoquant pour vous. L’hôpital, la prison… La famille ? fermée, même si on reste solidaire entre les recomposés (pas de voisins, pas d’amis, clôture). Le travail ? épuisant et aliénant. L’argent ? manquant. Les jeunes ? coincés entre la drogue, la violence et le sexe, soumis à une communication de masse annihilante. La maman ou la putain, disait l’un. Fils de pute, répond Guédiguian. L’avenir ? Sans. Mourir d’avance, ou mourir à petit feu, ou mourir un peu après… Inventer ? comme une injonction répétée ! Bref ! La réalité comme une prison sans issue. Ou modeste alors : un petit haïku peut-être ?

Oh, Guédiguian, mon bobby !!! ils t’ont mis sous prozac ? T’as dépassé la dose ou quoi ? C’est pour te servir d’antidote que tes vieux potes sont venus incarner ta quadrature ? Est-ce qu’ils croient au même anti-monde que toi ? « La vie est une tartine de merde », clamait mon père, dans ses mauvais jours et ma mère lui en voulait à mort de pouvoir proclamer des choses pareilles. Tu sais, Bobby, je n’ai rien de maoïste, mais il ne disait pas que des conneries le petit père du peuple, et si je me souviens bien, si je n’ai pas lu de travers, il disait que tout ce bordel qui squatte ta caméra comme un cauchemar à deux balles, ce n’était qu’une pseudo-réalité qu’il nous appartenait de changer, pour faire advenir une réalité respectueuse de la vie. Bon. On a vu ce qui s’est passé après… La Chine ne s’est pas réveillée ! Elle dort autant que l’Occident capitaliste. On ne peut pas prescrire le bonheur.

Mais n’insultons pas la jeunesse, ne minimisons pas les forces de la terre, ne négligeons pas le potentiel du vivant. C’est le premier stade du toxique. Protégeons la vie ! Et commençons par ne pas nous laisser contaminer par le découragement et la nausée. Debout ! Ne jetons pas les yeux n’importe où, nous avons besoin de voir, en nous et autour de nous, ce qui vit et appelle notre participation.

4 commentaires

  • Nonobstant, certains individus goûtent le spectacle rouge dégoulinant de films horrifiques, ainsi ces zozos apprécient-ils au sortir du catafalque cinématographique la douceur du jour ou du soir ou en joyeuse société un bon coup de pinard.
    J’en pratique qui font d’assez jolies choses dans le monde. Je ne comprends pas, je décris. Personnellement, si j’avais en 2019 la patate à frite, je n’irais pas regarder la noirceur sur grand écran, certes, mais je l’attendrais sur le petit.
    Cependant, ma sorcière bien-aimée, je kiffe grave ta critique.

    • Oui, je comprends. Mais avec Guédiguian, on n’est jamais à l’abri d’une leçon de philosophie politique, oui ? et là, c’est la prétention au réel que je trouve insupportable, la fermeture radicale de cette façon de filmer…

  • Maryk, j’ai entendu avec attention ton cri du cœur, ton cri de dégoût que t’a inspiré Gloria Mundi.
    Je dois dire tout d’abord que ton injonction à ne pas aller le voir a provoqué chez moi plutôt l’inverse. En effet j’avais l’intention de toute façon d’y aller mais j’ai voulu en avoir le cœur net, j’y suis allée p,us tôt que prévu.
    Je comprends très bien ton sentiment et le fait que tu considères que ce film nous montre « la réalité comme une prison sans issue ».
    Mais tu comprendras aussi sûrement (je te connais un peu..) que je puisse ne pas ressentir ce qui est montré là comme pouvant me laisser contaminer par le découragement et la nausée. Non, je n’ai rien ressenti de tel. Et ce n’est pas non plus insulter la jeunesse que de la montrer sous un angle qui nous dérange peut-être mais que l’on ne peut pas qualifier comme étant seulement imaginaire. Cela m’a sans doute perturbée car oui c’est noir. Mais n’aurait-on pas le droit de la montrer et donc de la voir telle qu’elle est pour une partie en tout cas ? De même pour la famille qui l’entoure.
    Je n’ai pas le sentiment en sortant de la séance d’être empêchée de respecter la vie. Nous avons besoin de voir et de tout voir pour justement créer le débat. Je ne pense pas qu’il faille fermer les yeux.
    Bien sûr, mes arguments ne seront pas aussi musclés que les tiens, c’est juste mon ressenti.

    • Merci d’avoir lu, Simone, et merci d’écrire ton point de vue. Si je n’avais pas une vieille tendresse pour Guédiguian, je n’écrirais pas mon avis, sachant ce qui arrive dans ces cas-là et que tu décris très bien, je trouve : qu’on cite pour critiquer ou pour louer, on cite et le résultat est presque inévitablement d’attiser la curiosité. Que Guédiguian ait le droit de faire ce qu’il avait commencé, je crois, à faire avec le film précédent (avec un arbre de Noël géant… cette fois-ci, il y a plein d’arbres de Noël aussi, dans le cadre) et qui devient encore plus caricatural avec le dernier opus : montrer une clôture. Je ne lui reproche pas la réalité qu’il choisit de filmer, je lui reproche de la filmer comme la seule. Bien sûr qu’il a le droit de faire ce qu’il veut, et les spectateurs aussi. Quant à moi, je saisis l’occasion pour un questionnement éthique… et aussi pour un salut polémique, mais fraternel !

Ajouter un commentaire